Lire : témoignages

Familles incestueuses de Séverine Mayer, un livre à lire absolument

Survivante de 14 ans d'inceste, Séverine Mayer nous livre un témoigne unique et bouleversant qui doit être lu et porté par le plus grand nombre. L'horreur de ce vécu et des traumatismes enfouis qui se réveillent brusquement montrent clairement combien il est capitale de permettre aux victimes d'incestes d'obtenir réparation. L'urgence est là, aujourd'hui, il est temps d'agir pour que l'imprescriptibilité soit votée et pour qu'une loi concrête soit mis en place car un mineur est dans l'incapacité d'avoir une relation sexuelle avec un adulte. Je vous invite à lire ce témoignage, à ne pas détourner les yeux de ce livre et à le diffuser sur vos pages. Merci à Séverine Mayer pour son courage et le combat qu'elle mène s'en relache aujourd'hui au nom de toutes les petites victimes d'incestes.

« Le mouvement #MeToo a permis de faire parler des violences sexuelles faites aux femmes… Et la plupart des gens oublient que les enfants sont les premières victimes de violences sexuelles. »

Séverine Mayer

Article de Pascal Hubert - 

On sait aujourd’hui que la pédocriminalité fait d’énormes ravages dans l’Église. Mais, cela ne saurait occulter les milliers de victimes chaque année au sein de leur famille, du fait d’un voisin ou ami ou dans d’autres institutions. À n’en pas douter, aucun milieu n’est épargné.

Il est temps de briser le tabou, de sortir du déni. De donner, enfin, la parole aux victimes. À toutes les victimes.

« Familles inces-tueuses » est le livre-témoignage de Séverine Mayer. Survivante de 14 années d’inceste subies par son beau-père, avec la complicité sournoise de sa mère. Elle y décrit la mécanique implacable qui contraint une victime au silence. Et à une immense souffrance cachée jour après jour. Pour protéger qui ?

L’enfant violé, lui, doit se taire. 

Un livre douloureux et difficile à digérer, tant l’horreur est palpable et entraîne le lecteur dans des abîmes insoupçonnés. Un livre cru, écrit avec les tripes d’une femme qui tente de ne pas sombrer. C’est qu’un événement, en apparence anodin, peut être occasion de réveiller, encore et encore, la mémoire traumatique.

Ainsi, en 2015, alors qu’elle douchait sa fille à la veille de ses cinq ans : « Un corps de bébé, une bouille de bébé. Et alors que je croyais être devenue libre, la crasse est venue me frapper en pleine gueule. Des flashbacks, des images, des odeurs, des douleurs. Ses yeux à lui, à cette espèce d’ordure, sa voix… Et là, comme ça, alors que je ne demandais rien à personne, j’ai réalisé en regardant ma fille de presque cinq ans, que moi-même, je suis morte à quatre ans et demi, incestuée dans la salle de bain du foyer familial. »

Voilà l’horreur toute crue, en pleine face.

Oublier est impossible, alors il faut parler, écrire. Dire l’inceste, pour soi et pour libérer la parole d’autres enfants violés. Pour se reconstruire, ne plus vivre isolé du reste du monde. Mais, se relève-t-on jamais d’une enfance fracassée ? C’est un long chemin, que tente de parcourir notre narratrice.

Mot après mot.

« Très souvent, l’on m’a dit que je devais laisser tout ça derrière, ne plus en parler, oublier. Comme si cela dépendait de moi… je ne dois ma survie qu’au fait d’avoir parlé, de m’être racontée, d’avoir témoigné », écrit-elle. Se taire, c’est mourir. Et courir de dissociation en dissociation. C’est chose impossible à faire comprendre à qui ne l’a pas vécu.

La souffrance demeure, imprescriptible.

Ce livre est également un plaidoyer indispensable contre la prescription des crimes sexuels sur mineur. On sait mieux aujourd’hui le refoulement du trauma, le temps incommensurable de la prise de conscience. Sans compter le temps encore nécessaire pour oser livrer l’indicible. Alors que l’on aimerait tant oublier, que les autres pas plus que la société ne veulent briser le tabou.

Le trauma de l’abusé est bien imprescriptible. Il serait temps d’avoir égard à celui ou celle qui, trop longtemps, aura subi le crime et tenté de survivre à l’indéfinissable malheur. La victime n’est jamais coupable, devrait toujours être entendue face à son bourreau. Elle crève trop souvent sous la chape de plomb, au risque de se suicider parfois. « Et la voilà, l’horreur absolue, quand on a survécu : n’avoir jamais été cru, entendu, reconnu… »

L’indispensable libération de la parole.

Vous l’aurez compris, il est question de manipulation dans ce livre, d’absence d’humanité, de perversion et de silence. Et le menteur, dans toute cette histoire, ne doit plus jamais être la victime. Mais seulement l’abuseur et sa famille, qui cherchent à étouffer toute parole vraie et libératrice.

Des bouts de vie…

Une enfance marquée au fer rouge. Les mots de Séverine Mayer sont le fruit de ces souvenirs, une tentative désespérée de résilience pour vivre enfin. Loin de sa génitrice perverse, et de son beau-père abuseur. « Ma mère m’a trahie. Ma mère m’a abandonnée, ma mère aurait préféré que je me suicide, que je crève de désespoir, plutôt que d’admettre qu’elle a protégé un pédocriminel, un homme qui a torturé son enfant. »

Le viol des enfants est imprescriptible. Point.

Une dernière chose : il est impossible de bien parler de ce livre. Pour comprendre un peu, il faut le lire.

Pascal HUBERT

Photo livre severine

3 votes. Moyenne 3.67 sur 5.

Ajouter un commentaire